N.25 L’énigme du retour

Et bien voilà! La conclusion d’un grand voyage s’actualise dans une atmosphère de temporalité fluctuante. Comme si je n’étais jamais parti, je me retrouve aux mêmes endroits en n’étant plus le même. Un regard neuf et une optionalité de choix libéré de tous concepts anciens m’accompagnent.

Je redécouvre le quotidien d’ici.

La même goutte d’eau du robinet de mon ancien appartement, les innombrables travaux de rues et les mêmes passants aux regards fuyant à la vue de mon grand sourire.

Je ne sais plus trop ce que j’ai fait pour cela, mais je reviens à Montréal dans un océan d’amour. L’on m’accueil tel un grand invité et l’on me séduit à me remettre à la vie culturelle d’ici.

Les amitiés qui foisonnent en ma vie sont la plus grande des richesses qu’un homme peut recevoir. J’en suis réellement touché.

Je reviens en ville pour y retrouver un vaste jardin d’abondance. Je n’ai plus souvenir d’y avoir planté autant de fleurs, peut-être se sont elles semées par elle même?

Il est particulier de se promener dans les rues d’une Montréal d’automne pour y plonger en son atmosphère. Je joue au jeu de sourire, saluer et regarder dans les yeux.

Les passants semblent fatigués et malaisés du sourire d’un étranger comme moi.
J’ai espoir de trouver réciprocité de joie dans les prochains jours.

Je me retrouve donc en ma ville, dans ma culture québécoise à danser le tango avec le mystère de ce qui se présentera à moi en tant que nouvelle vie. J’ai tant d’ami-es à revoir qu’il m’en prendra plus d’un mois pour y arriver.

Mon voyage m’a apporté cet aspect que dorénavant, je choisis la joie en mon cœur peu importe ce qui se présente à l’extérieur de moi.

Nous avons cette liberté de choisir notre œuvre interne et d’accorder ou non un sens aux événements de nos vies. L’expérience humaine est une argile malléable que l’on peut modeler selon nos actions.

Avec cette liberté qui m’habite, j’écris sur le balcon à la chaleur du soleil matinal.
Me voilà de retour dans le quotidien d’ici.
Je prends un grande inspiration et puis j’me dit:

‘’Ah qu’il fait bon vivre!’’

N.24 Arriver comme un mendiant, partir comme un Roi


Ça me semble irréel.
De mon expérience, j’suis parti tout au plus il y a 5 semaines de cela.
7 mois se sont écoulés déjà.

Aujourd’hui est le jour de mon départ de l’Inde. Je retourne à la maison pour la saison d’automne. Un enthousiasme nouveau et une gratitude profonde m’accompagnent.

Hier soir, je me suis mis à rire jusqu’à m’en époumoner. D’une certaine manière, rien de tout ça ne fait de sens. Comme si je venais de me réveiller d’un rêve, je m’interroge sur ce qui vient de se passer.

Un claquement de doigt et puis voilà que 7 mois se sont envolés sans laisser de traces.

Il me semble que l’autre jour, je montais sur la scène du Quai des Brumes à Montréal pour y jouer du Funk de manière déchaînée entre ami-es.

L’autre jour, j’avais 20 ans et sautais d’un jam session à un autre comme un addicte cherchant son fix.

L’autre jour, je jouais en forêt en compagnie de mes amis d’enfance.

Hier encore, j’avais 8 ans avec un esprit empli de rêve et le cœur naïf d’un enfant.

Aussi étrange que ça puisse paraître, j’ai de la misère à me souvenir comment je me suis rendu jusqu’ici. Tout s’est passé si vite.

Ma criss de vie s’est envolée en un clin d’œil. Dans un instant, j’aurai 50 ans. Celui d’après, 80 aux cheveux gris. Puis, ensuite, je serai parti. L’aventure sera terminée ce qui fût ‘’moi’’ ne sera que poussière dans un cosmos infini.

Lorsque j’étais à Pachaloor, dans le Kerala, un événement que je ne peux bien expliquer s’est manifesté. Étant assis sur le toit, emplis de pensées diverses, une voix s’est exprimé d’entre le chaos: ‘’T’es pas tanné de toutes ces histoires là sans importance?’’

Je n’ai pas pu m’empêcher de devenir silencieux. Toute la merde visitant mon esprit n’a aucune pertinence lorsqu’il vient le temps de vivre la vie. Mes histoires se sont envolées et j’me suis retrouvé dans un doux vide.

Depuis ce moment-là, les heures sont devenues secondes, les jours sont devenus des heures et 3 mois se sont évaporés soudainement.

En étant ici, dans un hôtel à attendre mon avion, je ne peux m’empêcher de retourner à cet espace de ‘’mais qu’est-ce qui s’est passé?’’

Comment est-ce que le temps peut être aussi glissant?

Le voyage m’eut causé la mort. Je me suis enterré en Inde. Le vieux Simon n’est plus et je me retrouve, paradoxalement, profondément confus et imbus d’une clarté sans pareil.

Tout ça me semble trop difficile à expliquer. Les mots ne pouvant que pointer en direction, je me retrouve dans une clairière sans chemin.

Cette aventure fût une forte dose d’humilité et de surprises. Je croyais naïvement que j’allais aider les gens mais je suis celui à qui l’on a tout donné sans rien demander en retour.

Je me suis fais des ami-es pour la vie parmi les locaux et sacrament que ce fût une belle odyssée!

Je suis venu ici comme un mendiant croyant posséder le monde.
Je quitte en tant que roi, sachant très bien ne rien posséder d’autre que lui-même.

n.23 Une nouvelle vie


Je prends une grande inspiration de gratitude en regardant la fin de mon séjour dans le Kerala qui s’approche. Perché sur le toit de ma maison des trois derniers mois, entouré de jungle, habrillié d’un ciel bleu infini et bercé par le son de la mer en bas de la montagne,
me voilà ici, encore et toujours présent.

Qui aurait cru qu’un endroit pourrait autant nous transformer?
Je viens ici chaque matin et soir ces derniers temps. Il y réside un silence qui me nourrit profondément. L’environnement grandiose m’aide à accueillir de nouvelles perspectives.

Jamais je n’aurais pu planifier mon séjour ici. C’est le peintre du destin qui s’en est mêlé.
Quand la vie vient jouer dans nos affaires et nous propose un chemin conçu juste pour soi, c’est peut-être le bon temps de laisser tomber ses petits plans et d’embarquer dans le train qui nous attend, la porte grande ouverte.

Qui sait qui l’on sera en ressortant de l’autre côté?

En ce qui me concerne, mes vieilles histoires sont dorénavant mortes.
Mon vieux moi est mort dans le Kerala.
De mon point de vue, il n’y a pas de confusion; c’est une nouvelle vie qui bourgeonne.

Je trouve difficile de mettre en mot ce qui est si intime et viscéral. Le silence m’ayant redonné naissance, je suis sans mot en face de l’immensité de la vie.

Par ici, J’ai eu le privilège de me faire des ami-es pour la vie.
Je respire plus profondément et ma démarche est dorénavant fière et solide.

J’ai trouvé une dignité sans pareil en compagnie de mon nouveau frère, Abdul.
Simultanément le plus pauvre et le plus riche des hommes que j’ai eu la chance de rencontrer. Un homme surprenant au cœur plus vaste que l’océan indien.

Les manières de faire à l’indienne parfois confusantes me laissent en plus profonde acceptation de ce qui est. Je ne ressens plus le besoin d’étiqueter les choses de manière compulsive.

Tout ça me semble si naïf de tenter de saisir un morceau de la rivière de vie qui bât de son plein en vue de lui donner un nom et se sentir en sécurité en retour.

Sous peu, je serai dans un avion en direction du Sri Lanka. Cela fait depuis mon passage au Mexique cet hiver que je rêve de retourner me baigner dans la mer.

Le temps est venu de satisfaire mon désir.

Je ne sais pas où la prochaine aventure va bien mener mais me voilà, fermement enraciné dans le présent avec un cœur ouvert et un esprit réceptif.

Voyons voir ce qui va bien se dérouler prochainement.
T’es avec moi?

N.22 Onam avec les Locaux


Englouti dans la mer de kéralais, la parade semble être sans fin. Des guerriers kalari dansant, des vieilles dames au visage couvert de peinture, des adolescent musclés, des marionnettes de 12 pieds, plusieurs fanfares, des auto éléctriques portant d’immenses constructions de cartons sur leur dos, des régiments de l’armée et l’occasionnel personnage au regard vide qui semble être présent que pour recevoir son chèque et de retourner chez lui.

À Thiruvananthapuram, du palais kankakounè jusqu’au port de l’est, l’avenue est fermée par les autorités. Il y a plusieurs milliers de personnes de tous les âges sur le bord de la rue. Ils sont ici pour célébrer la cérémonie de clôture du dix jours du festival Onam.

Traditionnellement, Onam est issue de la célébration de la saison des récoltes, là où la nourriture est abondante et la vie est belle.

Historiquement, le festival fût créé il y a longtemps lorsque le roi Mavelli était sur le trône du Kerala. Son règne fût un temps de prospérité et de paix pour ses habitants. En ces temps-là, il n’y avait pas de système de caste et le royaume vivait dans la joie et l’harmonie.

Lorsque le roi est mort, les kéralais on décidé de lui rendre honneur une fois par an en créant le festival Onam. Certains croient que l’âme du roi Mavelli revient au Kerala à chaque année pour vérifier comment se porte son peuple. Ainsi, en hommage à Mavelli, les locaux se rassemblent pour construire des arrangements floraux, s’habillent avec classe et préparent des repas spéciaux à partager avec toute la famille. C’est une célébration grandement attendue pour les habitants du Kerala.

Un local me fait part que même si tu es pauvre, même si tu es misérable, tu te dois de marcher sur cette terre comme un roi au moins une journée par année. C’est l’essence même de Onam.

Pour ma première fois en Inde, j’ai eu le privilège de me lier d’amitié avec des gens locaux. Ce qui devait être un séjour de trois semaines au Kerala en devint trois mois.

J’ai eu la chance de rencontrer Abdul, un homme aux divers talents surprenant, au début de mon voyage. Étant docteur ayurvédique, il m’invita à faire l’expérience du Karkala; un 30 jours de cure à la médecine ayurvédique dans le but d’en ressortir plus fort et emplis de vitalité.

Un fois Onam à nos portes, il m’offre mon propre costume typiquement Onam. Je suis ainsi officiellement un homme authentique du Kerala!

Ayant appris plusieurs mots de Malayalam, je peux dorénavant m’exprimer avec confiance de manière croche dans le langage local. Comme toujours, les ‘’merci’’ et les ‘’comment vas-tu?’’ sont les premiers à être utilisés.

Je fus accueilli comme un frère. je fût inclus parmi la famille comme l’un des leurs. Je suis un homme fortuné sur une terre pleine de gens généreux emplis de bonté. À être ici au Kerala fût une leçon dans l’art de l’accueil. Mes trois derniers mois ici ont élevé le standard sur ce qu’est d’être un hôte de qualité.

Le premier jour du Onam, les arrangements floraux s’entament. Les locaux se mettent en groupe pour y mettre à profit leurs ressources et acheter autant de fleurs que possible pour ensuite construire un altar de fleurs. En marchant au gré des rues, il est possible de les visiter par vous-même.

Au courant de chaque jour, l’altar prend de l’ampleur et devient de plus en plus splendide et ce, jusqu’au dixième jour. Par la suite, prend place un rituel de destruction de l’arrangement floral par un homme possédé par un esprit. Le tout prenant part au pied d’un énorme système de son à pleine puissance.

Pour le festival Onam, le repas spécial se nomme Sadhya, servis traditionnellement sur une feuille de banane, formée d’un amalgame de différents curry servis avec du riz. Plusieurs étapes se dévoilent aux travers de repas vous laissant le ventre plein de nourriture délicieuse et d’un fort désir de faire la sieste.

Comme il semble être coutume lorsque je voyage, je me retrouve au meilleur endroit au bon moment. Je suis ainsi invité au meilleur endroit du village pour y déguster le sadhya: le Oyster Marris Homestay.

Non seulement la nourriture est digne d’un restaurant cinq étoiles mais les hôtes vous enseignent sur l’histoire et la culture typique du Kerala. L’endroit est un must pour ceux et celles de passage par la région de Thiruvananthapuram.

En allant prendre une marche suite au repas digne d’un roi obèse, je ne cesse de m’enfarger en mon dhoti, le tissus traditionnel porté au tour de la taille par les gens d’ici. Bien que le style soit sans pareil, en tant qu’étranger d’outre-mer, je suis plus apte à porter le pantalon.

Et bien voilà que mon temps du Kerala tire à sa fin. Je remercie les cadeaux venus à moi, tous les ami-es que j’ai rencontrés et toutes les aventures que j’ai vécues.

Cette année fût mon premier Onam avec les locaux et si j’ai mon mot à dire dans le dossier, ce ne sera pas mon dernier.

N.21 Ma Propre Légende

Par ici, dans le Kerala, c’est le festival Onam qui bât de son plein. D’la lumière partout comme à noël, des arrangements floraux se manifestent d’un coin de rue à l’autre et c’est l’occasion parfaite pour aller faire un tour en ville t’acheter une nouvelle robe.

Dans mon cas, j’ai invité mon ami et ses enfants à aller voir au cirque.
‘’The great Bombay circus’’ comme qui disent.

C’était comme un retour dans le passé des vieux carnavals d’un temps jadis: des clowns pas très drôles, des nains qui visiblement veulent juste aller se fumer des clopes dehors, quelques acrobaties vraiment cool et du marketing agressif du côté bouffe et boisson.


Il faut bien qu’il se finance ce cirque là alors les propositions de manger et boire coulent à flot. Une vraie leçon de business pour toute la famille!

L’autre jour, j’ai eu une réalisation profonde.
J’vais tenter de mettre ça en mot pour toi ma chère lecteur.

C’est le matin. J’viens de terminer ma session de yoga sur le toit de la maison où j’ai élu demeure. La vue est à couper le souffle. On y aperçoit la mer en bas de la montagne, j’suis entouré de cocotiers et d’oiseaux volant. Le ciel englobe le tout avec brio.

J’ouvre les yeux et devant moi il y a la chaise brune en plastique. J’me mets à penser ‘’esti, la chaise gâche la vue’’ et j’me sens légèrement frustré.

Et puis soudain, en une fraction de seconde je prends conscience de l’absurdité de la situation: je suis à un endroit paradisiaque, le vent me caresse le corps et l’odeur de mer influe mes narines. C’est totalement absurde de considérer qu’une simple chaise de plastique puisse ‘’gâcher’’ l’expérience.

L’apparente absurdité de conclure que la vue est amoindrie à cause d’une chaise me fait soudainement rire très fort.

Je prends conscience que d’influer une histoire à la réalité de l’instant est un choix personnel que l’on fait et que j’ai choisi l’histoire médiocre de la chaise qui me gâche l’expérience grandiose d’être en vie au paradis. Je rie à la petitesse de mon esprit.

La vie suit son chemin. l’histoire qu’on lui attribue est 100% optionnelle.


En gros, mon voyage est une reconsidération de l’histoire que j’me raconte en chaque instant. J’suis tombé sur de vieux contes poussiéreux qui méritaient d’être nettoyés et je refais donc l’écriture de ma propre légende de manière plus consciente.

En tout cas mon ami-e, j’espère que ta légende à toi est belle et surprenante!

À bientôt!

N.20 Le cash

L’argent n’achète pas le bonheur qu’ils disent.
Il y a une part de vérité dans le dictons: un homme riche peut être tout autant sinon plus misérable qu’un homme pauvre. Le bonheur est un choix de chaque instant. Le bonheur se cache dans les petits cadeaux de la vie qui nous attendent à chaque tournure de phrase.

C’est pas en lançant mille piastres dans les airs que le bonheur va nous tomber sur la tête.

Ceci étant dit, avec de l’argent, tu peux acheter un gâteau de fête à une petite fille de 12 ans qui est triste de ne pouvoir inviter ses ami-es pour sa fête, faute de n’avoir de gâteau à leur offrir.

‘’M’a t’el l’acheter ton gâteau, moé, criss!’’

Que j’dige, en un langage autre que celui d’un québécois de fonds de rang.

De voir le visage de la fillette s’enflammer de joie tout en s’activant à appeler ses ami-es fût une émanation réelle de bonheur. Et ce, pour 12 piasses.

L’argent n’achète pas le bonheur mais avec 10$, tu peux payer l’abonnement au gym d’un ado de 15 ans pour qu’il aille se muscler en compagnie de ses amis.

L’argent n’achète pas le bonheur, pas directement.

Mais avec 22 piasses, tu peux payer le bill d’électricité de ton ami et de sa famille.
Demain il y aura de la lumière dans l’entrée quand tu iras y passer la soirée.

L’argent n’achète pas le bonheur mais pour 10$ tu peux te faire couper les cheveux, avoir ton épicerie pour la semaine, quelques chocolats en surplus et de retourner chez toi en taxi.

Ok, cet exemple là est typiquement Indien parce qu’au Québec, pour 10$ tu as un café et une napkin.

L’argent ne fait pas le bonheur, mais avec quatre ou cinq poignées de cash, tu peux prendre l’avion pour l’autre bout du monde, t’immerser dans une culture étrangère à la tienne, et de te libérer peu à peu de tes conceptions de comment les choses se doivent d’être.

Tu peux prendre le temps de te redéfinir jour après jour, parce que tu n’as pas à te soucier de la nourriture ni du logement.

L’argent ne fait pas le bonheur, mais facilite le voyage.

Une aventure remplie de moments « What the Fuck », de larmes de mélancolie impromptue et de rencontres étranges avec des gens merveilleux.

L’argent ne fait pas le bonheur, mais pour 10 roupies, tu peux acheter un thé chaï, t’asseoir et digérer toutes les expériences des six derniers mois tout en regardant les oiseaux voler au-dessus de ta tête. Si c’est pas ça l’bonheur je sais pas ce que c’est.

N.19 ‘’Les surprenantes vertus d’un pauvre musulman au coeur plus grand que l’ocean indien.


On s’est rencontrés dans un coin de rue par pur hasard, il y a deux mois environ. Tant de circonstances on dû coopérer pour que les étoiles s’alignent et qu’on soit au même endroit, au même moment. La chance n’a rien à voir.

C’était le destin, j’en suis persuadé.

Notre amitié se renforce à chaque jour qui passe. En sa compagnie, je gagne en dignité et souveraineté personnelle. Abdul, un ancien docteur ayurvédique pauvre comme un clou rouillé de fonds de tiroir mais tant de richesses émanent de cet homme, j’en suis perpétuellement surpris.

Un sourire montant jusqu’aux yeux, constamment droit et bienveillant, il n’y en a pas deux comme lui. Tout le monde le connaît. Ils disent tous que c’est un homme vénérable au grand cœur. Toujours joyeux de rendre service.

Un mala à la main, la prière jamais bien loin de ses lèvres, il est d’une telle foi envers Dieu que cela en est contagieux.

On s’lance des ‘’Incha Allah’’ et des ‘’Devam anigrèykète’’ à tout bout de champ.
‘’au rythme de dieu et que dieu te bénisse’’

L’autre jour, il m’a montré du pays. Le premier jour, on a marché pendant 7 heures.
Enfin de l’exercice digne de ce nom! Je l’attendais celui-là.

Rendu à Kovalam beach, une prière à moi fût exaucée: Un vrai double espresso.
C’est dur à décrire l’effet d’un double expresso dans un corps sans café depuis 2 mois.
Comme si mon corps et esprit étaient alignés parfaitement tout en étant alimentés par du 35 000 volts.

J’ai pas pu me retenir, j’ai sorti mon banjo et joué pendant une heure et demi sans m’arrêter. Et ce, devant une plage magnifique, bercé par l’air salin et le son des vagues.

Le paradis.

La sœur d’Abdul est propriétaire d’une maison à la montagne avec vue sur mer. Elle ne fût jamais terminée d’être construite et laissée à l’abandon. Moi et Abdul on va y mettre une toilette, une douche et une chambre. La maison sera mienne pendant mon temps ici.

Y’a de ces rencontres qui nous changent, qui nous ne laisseront pas être l’ancien et nous propulsent vers un autre niveau de souveraineté et de liberté personnelle.

Ma rencontre d’Abdul en est une comme ça.

La bonté, la générosité et l’amour inconditionnel c’est contagieux. J’en suis infecté et compte bien offrir cette fièvre à tous celles et ceux qui croiseront mon chemin.

N.18 l’hospitalité à l’Indienne

En Inde, l’hospitalité est telle qu’on t’invite en leur demeure pour y rencontrer toute la famille après t’avoir rencontré sur un coin de rue, un après-midi hasardeux de tous les jours.
On t’y offre une chaise pour s’asseoir, un thé chai et on te nourris jusqu’à ce que ton ventre soit rond. Si chacun reçoit deux portions, en tant qu’invité, tu en reçois quatre.

À un certain moment tu devras apprendre à dire non. Trois doshas c’est assez.
Mais ils t’en apportent deux de plus ainsi qu’un autre poisson frit.
Tu peux refuser.
Exprimer que tu es rassasié et satisfait mais cela ne fonctionne pas à tout coup.
Dans le doute, dit merci et puis continue de t’empiffrer.

Ils. te serviront du thé.
Oui, c’est un stimulant.
Oui, il est 9 heures du soir, un mardi, et tu te couches habituellement à 10h.
Oui, tu auras de la difficulté à dormir.
Fais juste dire merci et bois le troisième thé.

On va te proposer de revenir le lendemain.
Tu es en Inde.
Tu es ici pour découvrir la culture et t’immerser en son arborescence d’expressions.
Fais juste dire oui.
Pointe toi le jour suivant. Manges encore plus. Apprends quelques mots et absorbe les subtilitées culturelles. Partage ton humanité et une bonne dose d’humour.

Comme tu peux le deviner, il est maintenant 10 heures du soir, un mardi. Je viens de manger pour trois et bu tant de thé, je doute que le sommeil sera paisible cette nuit.

Demain, Karti me montrera comment porter la serviette de coton autour de la taille comme un vrai Tamil. Je m’excuse de ne pas savoir le nom de l’accoutrement en ce moment.
En général, je m’y prends comme suit: Je dit ‘’oui’’, j’ai une expérience et par la suite j’apprends le nom des choses.

Deux jours plus tard

On appelle cela un ‘’Longi’’. On m’a appris maint mots de Tamil et Malayalam.
Même quelques ‘’mauvais mots’’ en hindi.

J’ai tant rit ces derniers jours avec ma nouvelle famille adoptive Tamil que les coins de ma bouche font mal et mes yeux ont des rides. Ils savent comment passer un bon temps, c’est sûr!

Je suis allé pêcher pour la première fois depuis des lustres. Armé d’un bâton de bambou et de pâte de riz comme appât sur un lac si souillé que je n’ai pas osé y mettre mes pieds.

Je t’entends déjà me demander: Avez-vous attrapé des poissons?
Oui. Et, oui on les a mangés.
Je ne suis toujours pas tombé malade et si Dieu le veut, jamais je ne le serai.

Ainsi, une autre journée se termine sur cette glorieuse terre du Tamil Nadu.

Mon regard se tourne vers le nord.
On m’a parlé des danseuses et des musiciens du Rajasthan. Je veux les rencontrer.
M’y faire des ami-es et jouer ensemble. Je n’ai toujours pas étanché ma soif de musique.
Je continuerai à regarder à l’extérieur, enraciné à l’intérieur.

Banjo en mains et prêt à jouer!

Un Bobcat en recherche active.

N.17 La neige


Deux hommes adultes et une chèvre sur un scooter. Qui conduit?

Aujourd’hui marque mon premier mois en Inde. Je suis dorénavant un être mature au ventre emplis de riz et de dosas. Mes dents sont devenues sensibles dû à la quantité de sucre se retrouvant partout, dans tout, tout le temps.

Tant de gens m’ont averti du choc culturel. À quel point l’Inde est un pays de fous, de me préparer au pire. Une fois encore, une leçon vieille comme le monde fait son apparition.
N’écoute personne et va voir par toi-même. La seule chose qui m’a réellement surpris c’est la quantité de riz qu’un indien moyen est capable de manger en un seul repas.

Avant l’Inde, j’ai passé un mois et demi au Mexique. Il y a tellement de similitudes.
J’en fus surpris.

Remplace le fromage par le sucre.
Remplace les tortillas par les dosas
Remplace l’espagnol par un dialecte Indien qui m’est inconnu et voilà!
Même recette, différent continent.

Je dois mentionner. Les arts et la culture du Mexique possédaient une place plus prononcée. Du moins, de mon expérience minimale de 40 jours. Ici, en Inde du sud, je n’ai pas trouvé de musique ou d’art. Mis à part les décorations grandiose des temples, bien sûr.

Je continue de chercher mes compatriotes.
J’vous ferai signe quand je les trouverai.

Dans la catégorie ‘’nourriture et breuvages’’ de la vie, les deux possèdent d’innombrables shop de rue emplis de pâtes et farines sous diverses formes. Pour un maigre prix, tu manges comme un roi.

Dans l’importante catégorie café, le Mexique l’emporte avec une longueur d’avance considérablement non négligeable. Ce que je veux dire est que si les deux pays entraient en en compétition pour le meilleur café, l’Inde aurait manqué son réveil matin, oublié le rendez-vous de compétition et perdu lamentablement en s’enfargeant dans ses souliers.

Je sais, je n’arrête pas d’écrire à propos du café et tout. C’est parce que mon écriture est d’habitude 60% inspiration et 40% caféine.
Ça m’prends quelques minutes à m’habituer, vous m’excuserez pour l’inconvénient.

Retournons à nos moutons ou plutôt, à notre chèvre.
L’homme #1 était conducteur, l’homme #2 était à l’arrière et la chèvre dans le milieu.
La conduite à l’indienne est une science sophistiquée. C’est un grand art!

Il fait si chaud ces temps-ci de l’année, une nuit, lorsque j’écoutais un film, une scène s’est manifestée. La scène était ceci: un crépuscule froid, humide de mi-décembre. Une neige lourde tombant sur la ville.

J’en ai quasiment eu une érection intérieure.
Pour la neige.
Pour le froid.
Pour les routes glaciales qui font danser en tremblant.

Je suis réellement un homme du nord.

Considérez moi en train de fondre dans le Tamil Nadu.
Durant les plus chauds mois de l’année.

Bobcat présent pour l’aventure!

N.16 Café trou noir

Je l’ai finalement trouvé!
Le breuvage capable de réveiller les morts. Rencontré dans un shop de coin de rue à Padmanabhapuram. Enfin, une concoction digne d’un coup de pied au visage. Je ne connais pas le mélange exact mais il porte le nom de ‘’Ginger tea’’

Assez commun, non?
Oh combien j’étais dans l’erreur. C’est seulement un petit thé au gingembre inoffensif que j’me suis dit. Ça fera un bon digestif d’après souper. Cette nuit-là, je n’ai pu dormir.

J’en ai pris un autre le lendemain. À deux heures de l’après-midi. Ça me laisse amplement de temps pour le digérer et m’endormir paisiblement une fois la nuit tombée.
Dans l’erreur, encore!

Que dieu soit loué, enfin un vrai adversaire!

On m’avait dit, avant de venir en Inde, que le meilleur café au monde s’y trouvait.
Mes attentes étaient hautes. Elles ont toutes péri brutalement, brûlées par la dure réalité. Jusqu’à maintenant, je n’ai que rencontré du café instantané et divers mélanges 50-50 de café et chicoré. Décevant tout ça pour un caféinomane.

En anglais, je peux communiquer avec la majorité des gens et avoir une compréhension mutuelle. Par contre, pour une raison inconnue, lorsque je dis ‘’strong black coffee, no extra water, no milk, no sugar, please’’, cela semble passer comme dans du beurre et je reçois une abomination instantanée remplis de sucre blanc.

J’ai donc cessé de m’essayer.

Tu vois, je ne bois pas réellement du ‘’café’’. Je bois de l’huile à moteur. J’apprécie mon café si fort que les mouches environnantes meurent de crises cardiaques à l’odeur.

À bien y penser, il y a eu un moment où j’ai pu faire l’expérience de la satisfaction extatique du caféinomane. Après avoir visité un temple avec mon ami Javi, nous sommes allés au restaurant du coin. J’ai fais ma routine habituelle de clown québécois: ‘’strong black coffee, no extra water, no sugar, no milk, please’’

Le serveur est revenu en ricanant. Personne ne requiert ce genre de folie à l’habitude, j’en suis certain. Il me regarde avec de grands yeux et dit: ‘’strong black coffee, no extra water, no milk, no sugar’’ en déposant devant moi le fruit de mes désirs: de l’huile à moteur.

Un café si noir, le temps disparaît en sa présence.
Mon dieu, mais quel moment extraordinaire!

C’est les petites choses de la vie, mon ami.
C’est dans les petites choses que le grandiose se cache.