N.29 Montréal la nuit

C’est la saison froide qui s’entame.
Le crépuscule est à 16h.

C’est le temps de l’année parfait pour les vampires et les amateurs de night life qui travaillent le lendemain: la nuit est à 18h.
Par contre, le show commence à 9h. C’est juste dommage pour ton sommeil.


Le son unique du Bonze trio donne les jiggers comme un trop plein de café.
D’un flu créatif incommensurable, le band mélange le jazz, drum n’ bass, funk, musique moderne et le rock coulant.

Un trio qui, comme on dit dans la langue de ma bouche, ‘’tire en tabarnak’’.
Essayer de compter à s’en arracher les cheveux, les signatures de temps s’enfilent et je ne peux rien faire d’autre que de m’abandonner à la sauvagerie sonore de haute voltige.

Montréal la nuit, c’est un monde où tout est possible.
Si le band est bon, tu voyages d’en travers l’univers pour 20 piasses.

Le Bonze trio, c’est non seulement des musiciens universitaires sans pareil qui s’lancent la balle musicale l’un à l’autre mais aussi de grands amis. Ça se sait aux jokes qui meublent avec brio les crevasses d’entre tounes.

Lorsque l’hiver bât son plein, il faut braver le froid, la slosh et la fatigue saisonnière pour se rendre à la salle de spectacle. Tu hésites à rester chez toi mais une fois placé, tu ne le regrettes pas.

La vie, c’est court et je compte bien récolter les fruits de ma culture Montréalaise artistique.
Sans nos artistes, la night life montréalaise se résume à ‘’meh’’. Sans le public avec lequel partager leurs passions, aussi bien rester dans son jam space à jammer entre ami-es.


N’oubliez pas d’aller encourager et de profiter de ce qui se trame d’entre les murs de nos salles de spectacles après que le soleil ait tiré sa révérence.

Si tu hésites à sortir, fais comme nos artistes en hiver: tu dormiras en février.
Sauf si t’es à l’université; là tu dors jamais mais ça, c’est une autre histoire.

Veuillez m’excuser un instant, je dois délaisser le crayon en échange d’une danse enivrante et nerveuse aux sons du drum n’ bass qui se trame derrière moi.

Je reviens, attendez moi!

Et bien c’qui devait se passer arriva.
À force de danser, on oublie d’écrire.
Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là?
On retourne danser le lendemain.

D’un univers à un autre, je me retrouve dans une transe africaine avec le dj Afrofoly et de Gotta Lago aux percussions.

Au conservatoire de musique de Montréal, j’me retrouve à une soirée de danse extatique. Appareil photo et crayon sont mes laissez- passer de la ville culturelle de nuit montréalaise.

Entre deux mouvements de danse bien rigides, je dégaine mon appareil et capture le feu de l’action. Ce soir, je suis le cowboy de la photo!

Du balafon aux chants africain en passant par le beat solidement moderne,
c’est un mélange des âges qui s’opère.

De jadis à aujourd’hui, c’est en compagnie de la danse que l’on retrouve la musique.
Elle est la parfaite ambassadrice de la transe.

C’est plus facile de partir loin lorsqu’un rythme nous tient bien enraciné.
C’est comme un arbre. Plus il est grand vers le ciel, plus il se répand dans le sol.

Plus la musique est bonne
Plus la danse s’enflamme.

Bon, et bien voilà. Vous devrez m’excuser, je dois encore une fois délaisser le crayon et vous laisser vaquer à vos occupations. Parfois,suite à une session de danse un samedi soir rendu 23h, le meilleur show en ville c’est d’aller dormir chez soi.

Ciao amigos!

N.28 De perplexités, d’ignorance et de bonheur

Ainsi, en tant qu’auteur de ma propre histoire, une page blanche s’offre à moi avec une attitude joueuse.. Une énergie palpable flotte dans l’air. Mes voyages outre-mer sont terminés pour l’instant mais l’appel de l’aventure résonne profondément en moi.

Avec une certaine naïveté, j’avais imaginé le voyage comme étant une expérience grandiose et transformatrice, un feu d’artifice d’émotions et de moments époustouflants.
Pour finalement découvrir que ce genre d’histoires n’était qu’une épice.
Une pincée par-ci par-là, ni plus ni moins.

Ce qui m’a vraiment surpris, c’est la vie quotidienne, ordinaire et sans éclat, qui semblait battre son plein partout où j’allais.

Le quotidien des gens locaux n’était pas si différent de mon voyage de jour en jour.
Étrangement, avant de voyager, j’étais ailleurs à rêver, mais une fois sur place, je me suis retrouvé au seul endroit qu’il y aura toujours: ici et maintenant.

On pourrait dire que c’est venu de l’intérieur ou que ça m’a frappé de plein fouet :

l’indéniabilité de la vérité. Peu importe où je m’égare, je suis ici, maintenant.
On pourrait avancer que mon voyage s’est arrêté là.
Ou qu’il n’a fait que commencer.

Au fond, c’est la même chose.

Je trouve le langage inadéquat lorsqu’il s’agit de partager ce qui constitue l’essence même de la vie. Une analyse intellectuelle est loin d’être suffisante et la sagesse du cœur ne peut s’exprimer que par l’imagerie ou par une simplicité pleine de sens.

Auparavant, j’appréciais beaucoup l’approche zen.
Des histoires simples, un sens profond.

« Le café noir est chaud. La tasse est blanche. »

Ces phrases n’ont aucun sens si l’on essaye de les comprendre.
Elles n’ont aucun sens.
La compréhension intellectuelle est surestimée.

La vie est tellement vaste, interconnectée, synchronisée et riche qu’elle ne peut en aucun cas être enfermée dans une boîte. Pardonnez mon langage, mais au diable les boîtes. Jetez ces vieilles conneries à la poubelle et embrassez l’infini de la vie.

J’ai consacré ma vie à la musique et, si nécessaire, je peux expliquer en détail pourquoi je le fais. Mais cela n’est venu qu’en réponse à l’ennuyeuse et vieille question tenace : « Quel est ton vrai métier ? »

J’ai appris à réagir avec compassion face à une personne déconcertée par le fait que quelqu’un puisse consacrer sa vie à autre chose qu’à l’argent.
L’ignorance doit être traitée avec soin et beaucoup de tact. Nous pouvons soit l’aider à s’épanouir en sagesse, soit la laisser devenir virulente. Là où elle peut nous mordre de manière assez agressive.

L’ignorance est comme un animal blessé, effrayé et stressé qui cherche à survivre.
La compassion l’emporte sur toutes les autres voies.

Tout cela pour dire qu’en vérité, la musique est un tel mystère pour moi que je n’y comprends absolument rien. À ce stade de mon parcours, la musique et la vie ne font qu’un.
Et bon sang que cette rivière est profonde et large !

Bon, je vais arrêter mes divagations pour l’instant.
Je suis sûr que vous avez des endroits où aller.

Bobcat « L’ignorant » drop le mic et quitte le stage.

N.25 L’énigme du retour

Et bien voilà! La conclusion d’un grand voyage s’actualise dans une atmosphère de temporalité fluctuante. Comme si je n’étais jamais parti, je me retrouve aux mêmes endroits en n’étant plus le même. Un regard neuf et une optionalité de choix libéré de tous concepts anciens m’accompagnent.

Je redécouvre le quotidien d’ici.

La même goutte d’eau du robinet de mon ancien appartement, les innombrables travaux de rues et les mêmes passants aux regards fuyant à la vue de mon grand sourire.

Je ne sais plus trop ce que j’ai fait pour cela, mais je reviens à Montréal dans un océan d’amour. L’on m’accueil tel un grand invité et l’on me séduit à me remettre à la vie culturelle d’ici.

Les amitiés qui foisonnent en ma vie sont la plus grande des richesses qu’un homme peut recevoir. J’en suis réellement touché.

Je reviens en ville pour y retrouver un vaste jardin d’abondance. Je n’ai plus souvenir d’y avoir planté autant de fleurs, peut-être se sont elles semées par elle même?

Il est particulier de se promener dans les rues d’une Montréal d’automne pour y plonger en son atmosphère. Je joue au jeu de sourire, saluer et regarder dans les yeux.

Les passants semblent fatigués et malaisés du sourire d’un étranger comme moi.
J’ai espoir de trouver réciprocité de joie dans les prochains jours.

Je me retrouve donc en ma ville, dans ma culture québécoise à danser le tango avec le mystère de ce qui se présentera à moi en tant que nouvelle vie. J’ai tant d’ami-es à revoir qu’il m’en prendra plus d’un mois pour y arriver.

Mon voyage m’a apporté cet aspect que dorénavant, je choisis la joie en mon cœur peu importe ce qui se présente à l’extérieur de moi.

Nous avons cette liberté de choisir notre œuvre interne et d’accorder ou non un sens aux événements de nos vies. L’expérience humaine est une argile malléable que l’on peut modeler selon nos actions.

Avec cette liberté qui m’habite, j’écris sur le balcon à la chaleur du soleil matinal.
Me voilà de retour dans le quotidien d’ici.
Je prends un grande inspiration et puis j’me dit:

‘’Ah qu’il fait bon vivre!’’

N.24 Arriver comme un mendiant, partir comme un Roi


Ça me semble irréel.
De mon expérience, j’suis parti tout au plus il y a 5 semaines de cela.
7 mois se sont écoulés déjà.

Aujourd’hui est le jour de mon départ de l’Inde. Je retourne à la maison pour la saison d’automne. Un enthousiasme nouveau et une gratitude profonde m’accompagnent.

Hier soir, je me suis mis à rire jusqu’à m’en époumoner. D’une certaine manière, rien de tout ça ne fait de sens. Comme si je venais de me réveiller d’un rêve, je m’interroge sur ce qui vient de se passer.

Un claquement de doigt et puis voilà que 7 mois se sont envolés sans laisser de traces.

Il me semble que l’autre jour, je montais sur la scène du Quai des Brumes à Montréal pour y jouer du Funk de manière déchaînée entre ami-es.

L’autre jour, j’avais 20 ans et sautais d’un jam session à un autre comme un addicte cherchant son fix.

L’autre jour, je jouais en forêt en compagnie de mes amis d’enfance.

Hier encore, j’avais 8 ans avec un esprit empli de rêve et le cœur naïf d’un enfant.

Aussi étrange que ça puisse paraître, j’ai de la misère à me souvenir comment je me suis rendu jusqu’ici. Tout s’est passé si vite.

Ma criss de vie s’est envolée en un clin d’œil. Dans un instant, j’aurai 50 ans. Celui d’après, 80 aux cheveux gris. Puis, ensuite, je serai parti. L’aventure sera terminée ce qui fût ‘’moi’’ ne sera que poussière dans un cosmos infini.

Lorsque j’étais à Pachaloor, dans le Kerala, un événement que je ne peux bien expliquer s’est manifesté. Étant assis sur le toit, emplis de pensées diverses, une voix s’est exprimé d’entre le chaos: ‘’T’es pas tanné de toutes ces histoires là sans importance?’’

Je n’ai pas pu m’empêcher de devenir silencieux. Toute la merde visitant mon esprit n’a aucune pertinence lorsqu’il vient le temps de vivre la vie. Mes histoires se sont envolées et j’me suis retrouvé dans un doux vide.

Depuis ce moment-là, les heures sont devenues secondes, les jours sont devenus des heures et 3 mois se sont évaporés soudainement.

En étant ici, dans un hôtel à attendre mon avion, je ne peux m’empêcher de retourner à cet espace de ‘’mais qu’est-ce qui s’est passé?’’

Comment est-ce que le temps peut être aussi glissant?

Le voyage m’eut causé la mort. Je me suis enterré en Inde. Le vieux Simon n’est plus et je me retrouve, paradoxalement, profondément confus et imbus d’une clarté sans pareil.

Tout ça me semble trop difficile à expliquer. Les mots ne pouvant que pointer en direction, je me retrouve dans une clairière sans chemin.

Cette aventure fût une forte dose d’humilité et de surprises. Je croyais naïvement que j’allais aider les gens mais je suis celui à qui l’on a tout donné sans rien demander en retour.

Je me suis fais des ami-es pour la vie parmi les locaux et sacrament que ce fût une belle odyssée!

Je suis venu ici comme un mendiant croyant posséder le monde.
Je quitte en tant que roi, sachant très bien ne rien posséder d’autre que lui-même.

n.23 Une nouvelle vie


Je prends une grande inspiration de gratitude en regardant la fin de mon séjour dans le Kerala qui s’approche. Perché sur le toit de ma maison des trois derniers mois, entouré de jungle, habrillié d’un ciel bleu infini et bercé par le son de la mer en bas de la montagne,
me voilà ici, encore et toujours présent.

Qui aurait cru qu’un endroit pourrait autant nous transformer?
Je viens ici chaque matin et soir ces derniers temps. Il y réside un silence qui me nourrit profondément. L’environnement grandiose m’aide à accueillir de nouvelles perspectives.

Jamais je n’aurais pu planifier mon séjour ici. C’est le peintre du destin qui s’en est mêlé.
Quand la vie vient jouer dans nos affaires et nous propose un chemin conçu juste pour soi, c’est peut-être le bon temps de laisser tomber ses petits plans et d’embarquer dans le train qui nous attend, la porte grande ouverte.

Qui sait qui l’on sera en ressortant de l’autre côté?

En ce qui me concerne, mes vieilles histoires sont dorénavant mortes.
Mon vieux moi est mort dans le Kerala.
De mon point de vue, il n’y a pas de confusion; c’est une nouvelle vie qui bourgeonne.

Je trouve difficile de mettre en mot ce qui est si intime et viscéral. Le silence m’ayant redonné naissance, je suis sans mot en face de l’immensité de la vie.

Par ici, J’ai eu le privilège de me faire des ami-es pour la vie.
Je respire plus profondément et ma démarche est dorénavant fière et solide.

J’ai trouvé une dignité sans pareil en compagnie de mon nouveau frère, Abdul.
Simultanément le plus pauvre et le plus riche des hommes que j’ai eu la chance de rencontrer. Un homme surprenant au cœur plus vaste que l’océan indien.

Les manières de faire à l’indienne parfois confusantes me laissent en plus profonde acceptation de ce qui est. Je ne ressens plus le besoin d’étiqueter les choses de manière compulsive.

Tout ça me semble si naïf de tenter de saisir un morceau de la rivière de vie qui bât de son plein en vue de lui donner un nom et se sentir en sécurité en retour.

Sous peu, je serai dans un avion en direction du Sri Lanka. Cela fait depuis mon passage au Mexique cet hiver que je rêve de retourner me baigner dans la mer.

Le temps est venu de satisfaire mon désir.

Je ne sais pas où la prochaine aventure va bien mener mais me voilà, fermement enraciné dans le présent avec un cœur ouvert et un esprit réceptif.

Voyons voir ce qui va bien se dérouler prochainement.
T’es avec moi?

N.22 Onam avec les Locaux


Englouti dans la mer de kéralais, la parade semble être sans fin. Des guerriers kalari dansant, des vieilles dames au visage couvert de peinture, des adolescent musclés, des marionnettes de 12 pieds, plusieurs fanfares, des auto éléctriques portant d’immenses constructions de cartons sur leur dos, des régiments de l’armée et l’occasionnel personnage au regard vide qui semble être présent que pour recevoir son chèque et de retourner chez lui.

À Thiruvananthapuram, du palais kankakounè jusqu’au port de l’est, l’avenue est fermée par les autorités. Il y a plusieurs milliers de personnes de tous les âges sur le bord de la rue. Ils sont ici pour célébrer la cérémonie de clôture du dix jours du festival Onam.

Traditionnellement, Onam est issue de la célébration de la saison des récoltes, là où la nourriture est abondante et la vie est belle.

Historiquement, le festival fût créé il y a longtemps lorsque le roi Mavelli était sur le trône du Kerala. Son règne fût un temps de prospérité et de paix pour ses habitants. En ces temps-là, il n’y avait pas de système de caste et le royaume vivait dans la joie et l’harmonie.

Lorsque le roi est mort, les kéralais on décidé de lui rendre honneur une fois par an en créant le festival Onam. Certains croient que l’âme du roi Mavelli revient au Kerala à chaque année pour vérifier comment se porte son peuple. Ainsi, en hommage à Mavelli, les locaux se rassemblent pour construire des arrangements floraux, s’habillent avec classe et préparent des repas spéciaux à partager avec toute la famille. C’est une célébration grandement attendue pour les habitants du Kerala.

Un local me fait part que même si tu es pauvre, même si tu es misérable, tu te dois de marcher sur cette terre comme un roi au moins une journée par année. C’est l’essence même de Onam.

Pour ma première fois en Inde, j’ai eu le privilège de me lier d’amitié avec des gens locaux. Ce qui devait être un séjour de trois semaines au Kerala en devint trois mois.

J’ai eu la chance de rencontrer Abdul, un homme aux divers talents surprenant, au début de mon voyage. Étant docteur ayurvédique, il m’invita à faire l’expérience du Karkala; un 30 jours de cure à la médecine ayurvédique dans le but d’en ressortir plus fort et emplis de vitalité.

Un fois Onam à nos portes, il m’offre mon propre costume typiquement Onam. Je suis ainsi officiellement un homme authentique du Kerala!

Ayant appris plusieurs mots de Malayalam, je peux dorénavant m’exprimer avec confiance de manière croche dans le langage local. Comme toujours, les ‘’merci’’ et les ‘’comment vas-tu?’’ sont les premiers à être utilisés.

Je fus accueilli comme un frère. je fût inclus parmi la famille comme l’un des leurs. Je suis un homme fortuné sur une terre pleine de gens généreux emplis de bonté. À être ici au Kerala fût une leçon dans l’art de l’accueil. Mes trois derniers mois ici ont élevé le standard sur ce qu’est d’être un hôte de qualité.

Le premier jour du Onam, les arrangements floraux s’entament. Les locaux se mettent en groupe pour y mettre à profit leurs ressources et acheter autant de fleurs que possible pour ensuite construire un altar de fleurs. En marchant au gré des rues, il est possible de les visiter par vous-même.

Au courant de chaque jour, l’altar prend de l’ampleur et devient de plus en plus splendide et ce, jusqu’au dixième jour. Par la suite, prend place un rituel de destruction de l’arrangement floral par un homme possédé par un esprit. Le tout prenant part au pied d’un énorme système de son à pleine puissance.

Pour le festival Onam, le repas spécial se nomme Sadhya, servis traditionnellement sur une feuille de banane, formée d’un amalgame de différents curry servis avec du riz. Plusieurs étapes se dévoilent aux travers de repas vous laissant le ventre plein de nourriture délicieuse et d’un fort désir de faire la sieste.

Comme il semble être coutume lorsque je voyage, je me retrouve au meilleur endroit au bon moment. Je suis ainsi invité au meilleur endroit du village pour y déguster le sadhya: le Oyster Marris Homestay.

Non seulement la nourriture est digne d’un restaurant cinq étoiles mais les hôtes vous enseignent sur l’histoire et la culture typique du Kerala. L’endroit est un must pour ceux et celles de passage par la région de Thiruvananthapuram.

En allant prendre une marche suite au repas digne d’un roi obèse, je ne cesse de m’enfarger en mon dhoti, le tissus traditionnel porté au tour de la taille par les gens d’ici. Bien que le style soit sans pareil, en tant qu’étranger d’outre-mer, je suis plus apte à porter le pantalon.

Et bien voilà que mon temps du Kerala tire à sa fin. Je remercie les cadeaux venus à moi, tous les ami-es que j’ai rencontrés et toutes les aventures que j’ai vécues.

Cette année fût mon premier Onam avec les locaux et si j’ai mon mot à dire dans le dossier, ce ne sera pas mon dernier.

N.21 Ma Propre Légende

Par ici, dans le Kerala, c’est le festival Onam qui bât de son plein. D’la lumière partout comme à noël, des arrangements floraux se manifestent d’un coin de rue à l’autre et c’est l’occasion parfaite pour aller faire un tour en ville t’acheter une nouvelle robe.

Dans mon cas, j’ai invité mon ami et ses enfants à aller voir au cirque.
‘’The great Bombay circus’’ comme qui disent.

C’était comme un retour dans le passé des vieux carnavals d’un temps jadis: des clowns pas très drôles, des nains qui visiblement veulent juste aller se fumer des clopes dehors, quelques acrobaties vraiment cool et du marketing agressif du côté bouffe et boisson.


Il faut bien qu’il se finance ce cirque là alors les propositions de manger et boire coulent à flot. Une vraie leçon de business pour toute la famille!

L’autre jour, j’ai eu une réalisation profonde.
J’vais tenter de mettre ça en mot pour toi ma chère lecteur.

C’est le matin. J’viens de terminer ma session de yoga sur le toit de la maison où j’ai élu demeure. La vue est à couper le souffle. On y aperçoit la mer en bas de la montagne, j’suis entouré de cocotiers et d’oiseaux volant. Le ciel englobe le tout avec brio.

J’ouvre les yeux et devant moi il y a la chaise brune en plastique. J’me mets à penser ‘’esti, la chaise gâche la vue’’ et j’me sens légèrement frustré.

Et puis soudain, en une fraction de seconde je prends conscience de l’absurdité de la situation: je suis à un endroit paradisiaque, le vent me caresse le corps et l’odeur de mer influe mes narines. C’est totalement absurde de considérer qu’une simple chaise de plastique puisse ‘’gâcher’’ l’expérience.

L’apparente absurdité de conclure que la vue est amoindrie à cause d’une chaise me fait soudainement rire très fort.

Je prends conscience que d’influer une histoire à la réalité de l’instant est un choix personnel que l’on fait et que j’ai choisi l’histoire médiocre de la chaise qui me gâche l’expérience grandiose d’être en vie au paradis. Je rie à la petitesse de mon esprit.

La vie suit son chemin. l’histoire qu’on lui attribue est 100% optionnelle.


En gros, mon voyage est une reconsidération de l’histoire que j’me raconte en chaque instant. J’suis tombé sur de vieux contes poussiéreux qui méritaient d’être nettoyés et je refais donc l’écriture de ma propre légende de manière plus consciente.

En tout cas mon ami-e, j’espère que ta légende à toi est belle et surprenante!

À bientôt!

N.20 Le cash

L’argent n’achète pas le bonheur qu’ils disent.
Il y a une part de vérité dans le dictons: un homme riche peut être tout autant sinon plus misérable qu’un homme pauvre. Le bonheur est un choix de chaque instant. Le bonheur se cache dans les petits cadeaux de la vie qui nous attendent à chaque tournure de phrase.

C’est pas en lançant mille piastres dans les airs que le bonheur va nous tomber sur la tête.

Ceci étant dit, avec de l’argent, tu peux acheter un gâteau de fête à une petite fille de 12 ans qui est triste de ne pouvoir inviter ses ami-es pour sa fête, faute de n’avoir de gâteau à leur offrir.

‘’M’a t’el l’acheter ton gâteau, moé, criss!’’

Que j’dige, en un langage autre que celui d’un québécois de fonds de rang.

De voir le visage de la fillette s’enflammer de joie tout en s’activant à appeler ses ami-es fût une émanation réelle de bonheur. Et ce, pour 12 piasses.

L’argent n’achète pas le bonheur mais avec 10$, tu peux payer l’abonnement au gym d’un ado de 15 ans pour qu’il aille se muscler en compagnie de ses amis.

L’argent n’achète pas le bonheur, pas directement.

Mais avec 22 piasses, tu peux payer le bill d’électricité de ton ami et de sa famille.
Demain il y aura de la lumière dans l’entrée quand tu iras y passer la soirée.

L’argent n’achète pas le bonheur mais pour 10$ tu peux te faire couper les cheveux, avoir ton épicerie pour la semaine, quelques chocolats en surplus et de retourner chez toi en taxi.

Ok, cet exemple là est typiquement Indien parce qu’au Québec, pour 10$ tu as un café et une napkin.

L’argent ne fait pas le bonheur, mais avec quatre ou cinq poignées de cash, tu peux prendre l’avion pour l’autre bout du monde, t’immerser dans une culture étrangère à la tienne, et de te libérer peu à peu de tes conceptions de comment les choses se doivent d’être.

Tu peux prendre le temps de te redéfinir jour après jour, parce que tu n’as pas à te soucier de la nourriture ni du logement.

L’argent ne fait pas le bonheur, mais facilite le voyage.

Une aventure remplie de moments « What the Fuck », de larmes de mélancolie impromptue et de rencontres étranges avec des gens merveilleux.

L’argent ne fait pas le bonheur, mais pour 10 roupies, tu peux acheter un thé chaï, t’asseoir et digérer toutes les expériences des six derniers mois tout en regardant les oiseaux voler au-dessus de ta tête. Si c’est pas ça l’bonheur je sais pas ce que c’est.

N.18 l’hospitalité à l’Indienne

En Inde, l’hospitalité est telle qu’on t’invite en leur demeure pour y rencontrer toute la famille après t’avoir rencontré sur un coin de rue, un après-midi hasardeux de tous les jours.
On t’y offre une chaise pour s’asseoir, un thé chai et on te nourris jusqu’à ce que ton ventre soit rond. Si chacun reçoit deux portions, en tant qu’invité, tu en reçois quatre.

À un certain moment tu devras apprendre à dire non. Trois doshas c’est assez.
Mais ils t’en apportent deux de plus ainsi qu’un autre poisson frit.
Tu peux refuser.
Exprimer que tu es rassasié et satisfait mais cela ne fonctionne pas à tout coup.
Dans le doute, dit merci et puis continue de t’empiffrer.

Ils. te serviront du thé.
Oui, c’est un stimulant.
Oui, il est 9 heures du soir, un mardi, et tu te couches habituellement à 10h.
Oui, tu auras de la difficulté à dormir.
Fais juste dire merci et bois le troisième thé.

On va te proposer de revenir le lendemain.
Tu es en Inde.
Tu es ici pour découvrir la culture et t’immerser en son arborescence d’expressions.
Fais juste dire oui.
Pointe toi le jour suivant. Manges encore plus. Apprends quelques mots et absorbe les subtilitées culturelles. Partage ton humanité et une bonne dose d’humour.

Comme tu peux le deviner, il est maintenant 10 heures du soir, un mardi. Je viens de manger pour trois et bu tant de thé, je doute que le sommeil sera paisible cette nuit.

Demain, Karti me montrera comment porter la serviette de coton autour de la taille comme un vrai Tamil. Je m’excuse de ne pas savoir le nom de l’accoutrement en ce moment.
En général, je m’y prends comme suit: Je dit ‘’oui’’, j’ai une expérience et par la suite j’apprends le nom des choses.

Deux jours plus tard

On appelle cela un ‘’Longi’’. On m’a appris maint mots de Tamil et Malayalam.
Même quelques ‘’mauvais mots’’ en hindi.

J’ai tant rit ces derniers jours avec ma nouvelle famille adoptive Tamil que les coins de ma bouche font mal et mes yeux ont des rides. Ils savent comment passer un bon temps, c’est sûr!

Je suis allé pêcher pour la première fois depuis des lustres. Armé d’un bâton de bambou et de pâte de riz comme appât sur un lac si souillé que je n’ai pas osé y mettre mes pieds.

Je t’entends déjà me demander: Avez-vous attrapé des poissons?
Oui. Et, oui on les a mangés.
Je ne suis toujours pas tombé malade et si Dieu le veut, jamais je ne le serai.

Ainsi, une autre journée se termine sur cette glorieuse terre du Tamil Nadu.

Mon regard se tourne vers le nord.
On m’a parlé des danseuses et des musiciens du Rajasthan. Je veux les rencontrer.
M’y faire des ami-es et jouer ensemble. Je n’ai toujours pas étanché ma soif de musique.
Je continuerai à regarder à l’extérieur, enraciné à l’intérieur.

Banjo en mains et prêt à jouer!

Un Bobcat en recherche active.

N.15  »l’Inde, Reine du traffic »

Klonks, klanks, ratatata, tshiiiititi, vrooom whaaam et ribambelles de klaxons symphoniques. C’est le son du trafic à l’indienne.

En pleine place publique dans un petit village du Tamil Nadu à l’intersection principale du village, c’est ici que l’action se trouve. Un thé au gingembre en main, j’observe la beauté chaotique. C’est tellement chaud que je dois suer la tier de mon poids chaque jour.
Les gens me disent que ça ne va qu’augmenter jusqu’à la saison des pluies de juillet.

Je suis le seul touriste étranger à ce temps-ci de l’année. Il n’y a pas grand monde assez fou pour visiter durant ce climat brûlant et humide. Oublis les saunas, viens t’en dans le sud de l’Inde au mois de Mai. Tu vas en avoir pour ton argent.

Pas de remboursement.
Se faire semi-arnaquer par des chauffeurs de taxis inclus dans le prix.
Les vacances parfaites!

La première fois que j’ai vu le trafic à l’Indienne, j’en fus époustouflé. Ils changent de ligne à tout moment. Les bus te passent sur le côté à dix centimètres de requérir ta vie. Il n’y a pas de feu de circulation et les piétons s’y donnent à coeur joie eux aussi.

C’est un désastre magnifique.

Un jour, lorsque je profitais d’un jus de mangue dans la capitale du Kerala, directement en face de la circulation, une réalisation m’est soudainement apparue.

Malgré les milliers de chars, autobus, motos et camions passant devant moi, je ne ressentais aucun stress. Pas une seule miette.

À la maison à Montréal, j’évite le trafic à tout prix. Il y a une tension présente dont je n’aime pas m’approcher. Ici, à Thiruvananthapuram, cela ne me dérange pas du tout.

En m’interrogeant sur le sujet, j’en suis venu à une explication possible.

Contrairement au trafic canadien qui est empli de frustration, colère, désespoir et souffrance, le trafic Indien est tellement sauvage et gargantuesque, la seule manière d’y survivre, c’est de jouer. D’être joueur. L’approcher comme un jeu.
Sinon t’hésite et tu meurs.

C’est une hécatombe sans fin.
Tu dois trouver l’opportunité et sans aucune trace d’hésitation, la saisir.

Qui aurait pu croire que le trafic pouvait contenir une leçon de vie si profonde.
Lorsque tout est en mouvement, la victoire vient à ceux qui prennent action avec clarté et caractère décisif.