N.35 Le feu de nos Trippes

Il n’y a pas de bon ou mauvais artiste.
On s’exprime.
On se laisse aller. On ne se juge pas.
On célèbre la liberté qui est la nôtre.
On chante pour la vie qui nous insuffle l’énergie viscérale qui nous active.

On n’est pas ici pour bien longtemps.
Les blocages, on les brise. Faut pas se laisser abattre.
La force qui nous habite est plus forte que tous les conditionnements.

On vit dans une société de fou. On est colonial et colonisé. Nous sommes modelés par un système oppressif et diminutif du potentiel de l’âme humaine. Alors on prend tout ce que l’on nous a donné, imposé et violemment inculqué pour le digérer dans le feu intarissable de nos tripes. On le recrache vers le monde une expression artistique à la fois.

On brise nos chaînes puis on aide les autres à se libérer eux aussi.
On change le monde une action à la fois.

Ce que l’on dit, ce que l’on fait, comment on le fait et pourquoi on le fait est primordial.
L’évolution d’une race gangrenée par un esprit de guerre et de division se passe inévitablement par la prise de conscience de nos gestes quotidiens.

Il ne faut pas sous-estimer l’impact de nos actions.
La bienveillance vaincra tous les despotes de ce bas monde.
L’entraide réduira nos systèmes oppressants en cendres.

Le chemin est sans fin.
C’est à nous de laisser un monde meilleur à notre sortie.
Il reviendra aux générations futures de prendre le flambeau.

Et puis quand le paradis sera réel dans l’esprit et dans le cœur de tous les êtres de cette planète, une autre montagne se présentera à nous. Il n’y a pas de finalité.
La vie coule et s’expanse peu importe.

Lorsque la maturité entre jusque dans nos os, se mettre au travail pour un monde plus compatissant, plus humoristique et plus authentique est une évidence.
Il faut planter des arbres tout en sachant que nous ne pourrons peut-être jamais nous prélasser sous leurs ombres.

C’est ça pour moi être un artiste.
C’est ça selon moi être en vie.

n.34 Écouter, Danser et Philosopher

Alors qu’il est nouvellement une heure du matin, J’suis encore à ‘’La Récré’’ sur De Lorimier.
Première fois ici, première fois que j’en entends parler.
C’est artistique, un peu trash et imbibé d’un air de liberté créative

Pour ceux qui me connaissent un peu, me rencontrer dans un bar aux jeunes heures du matin n’est pas un phénomène régulier. Dans mon jeune temps, j’en ai fréquenté à la tonne en tant que performeur. Cela me donne encore une impression d’être au bureau.

Je vais au bar pour seulement deux raisons: la musique et la danse.
Ce soir, les deux sont de la partie.

Plus je fréquente ce genre d’endroit, plus la foule semble se rajeunir.
Es-ce ça le remède à la vieillesse, les bars?

Je peux déjà m’imaginer être un vieux rocker qui déchire la guitare pour une cohorte de vingtenaires.

Ah! ainsi va la vie!

La roue tourne
La planète se révolue
L’encre se déverse sur le papier
Ma moustache s’emboufit en chaque instant

Ce soir, c’est le ‘’Sacré Jam’’
Un événement de danse libre et d’improvisation musicale.
Mon bon ami Amine m’a contacté et m’a dit que j’y ai ma place.

Il me joint à une équipe musicale dont j’ignore les membres.
je suis sur place 15 minutes avant d’embarquer sur scène et l’on joue pendant une heure. Mon genre de party!

Un espace créatif s’empare de moi lorsque j’accorde ma manière de jouer non seulement aux musiciens sur scène mais aussi aux danseuses dans la salle. En premier, j’essaie d’épouser consciemment les mouvements mais par la suite, la ligne entre qui inspire qui se brouille. Le courant bat son plein.

Pour l’amener au prochain niveau, j’accorde ma manière de jouer à la salle elle-même et de son énergie latente. Si je veux aller encore profondément, je m’accorde à l’univers.

Je me branche au vaste silence et j’accepte tout ce qui vient naturellement.
Ça c’est mon genre de party!

Plus je grandit en musicalité, plus je connais l’interconnectivité de toute chose.

Socialiser est similaire au jam. Raconter une bonne histoire est comme la composition musicale: choisir des textures, couleurs, Des montées en tensions et des chutes percutantes pour faire passer le message
Organiser un événement est comme avoir une bonne conversation.

Il n’y a pas de séparation réelle. L’information peut aisément s’appliquer d’un domaine à un autre. Connaître une chose profondément ouvre une arborescence d’avenues potentielles.

Il devient plus facile d’explorer de nouveaux territoires.

Ah que je suis heureux de vivre!

Alors qu’il est nouvellement 2 heures du matin, je m’embourbe dans ma propre philosophie et je me souviens d’un fait très important:

Même le plus sage des fous a besoin d’une bonne nuit de sommeil.

N.32 La Danse, les Tables et le Leadership

Un de ces dimanches, moi et quelques ami-es allons aider notre copain Phantom pour son événement de danse, le Tribes War 5.

On y fait le montage, démontage, captation vidéo et photographie.
C’est moi le photographe.

La danse offre un nouveau défi que j’apprécie. Le mouvement dynamique me pousse dans l’instant présent pour y capturer le ‘’perfect shot’’.

L’événement commence avec la catégorie enfant.
La plupart sont des élèves de danse de Phantom.

L’ambiance est familiale et sans jugement.
Les enfants se découvrent devant public et font preuve de courage pour ce qui est, pour la plupart d’entre eux, leur première danse battle.

La musique joue à fond et Phantom anime.
Une petite fille s’élance sur le parquet, elle se tortille et exécute des moves de brukup.

Au micro, Phantom dit:
‘’Yeah! let’s go! C’est ton corps. C’est ta musique’’

Le moment m’est resté gravé en mémoire.
Une phrase si simple.
Un exemple de leadership positif qui redonne le pouvoir aux enfants.
Ça m’a touché.

C’est le genre d’action dont notre monde a besoin. Il en est assoiffé.
On veut tous être libres.
On veut toutes être vues et acceptées
On veut tous s’épanouir dans un environnement sain et accueillant.

La plupart d’entre nous ne l’avons pas eu en grandissant, ce monde-là.

Par contre, on peut l’offrir aux autres qui suivront la danse.
C’est un choix que l’on peut faire.

Peut-être que dans l’fonds, la vraie richesse est celle que l’on donne librement.
Une sorte d’énergie que l’on ne peut accumuler mais qui foisonne plus on la donne à autrui.

C’est cette abondance là qui m’intéresse réellement.

L’impact que l’on a sur notre environnement est surprenant.
Aucun d’entre nous n’est une île déserte au milieu de la mer.
Nous sommes interconnectés l’une à l’autre que l’on ne le sache ou pas.

J’en suis à un point dans ma vie où je décide de nourrir ce qui m’entoure avec de la joie, de l’acceptation, de la compassion et de l’amour.

En termes de richesse partageable, j’ai l’honneur et la gratitude de me considérer comme un homme riche.

Tout cela me rappelle une histoire qu’un bon ami m’a raconté, un jour, après une gig.
Elle va comme suit:

‘’J’étais aux États-Unis pour le skate et l’un de mes bros était un DJ connu dans la région.
Il donnait des cours de DJ aux jeunes du coin.

Un soir, au club, l’endroit était rempli et mon ami était le headliner.

Pendant son DJ set, il donne momentanément les reines à son élève pour qu’il y fasse quelques beats et qu’il prenne de l’expérience. Il vient nous rejoindre sur le côté du stage en attendant.

On chill et un gars lui demande ‘’ t’as pas peur qu’il vole ton crowd? Tout l’monde dans la salle est venu pour toi, tu devrais en profiter, non?’’

Mon ami headliner lui réponds:
‘’Il y a assez de nourriture pour tout l’monde sur la table’’

Parfois, les phrases les plus simples sont celles qui ont le plus d’impact.

‘’Il y a assez de nourriture pour tout l’monde sur de la table’’
‘’C’est ton corps, c’est ta musique’’

Merci du leadership positif les amis!
Je ferai de mon mieu pour redonner de votre richesse
AHO!

N.31 Dans la Bouche de Vivre

Il y’en a, qu’après une longue journée, ils s’en retournent chez eux devant la télé.
Nous, on va dans une chapelle y faire un rituel de danse et musique contemporaine.
À chacun sa vie.

Je complémente les voltiges de bras de Mathie par mon jeu de guitare atonale.
C’est une question de dynamique, de ton et de rythme. Les notes c’est pas si important.

Rafa claque les prie dieu par terre avec ferveur, je traîne une chaise par terre pour son grincement de qualité et Alex balance du noise. Christian crie dans son snare.
Le rythme est optionnel.

Les danseuses s’échangent l’espace et les histoires temporaires exprimées sans mots.
Les chorégraphies scriptées sont non-existantes.

C’est la liberté.

Sans jugements ou d’arrières pensées, l’on s’éclate à s’inspirer les uns des autres.
Pour l’instant de cette soirée, il n’y a aucune limite créative.

C’est une célébration de notre liberté fondamentale.
Le temps disparaît dans un torrentiel sonore et corporel.

À la première édition, j’y suis photographe. L’endroit parfait pour expérimenter et me laisser porter par l’inspiration du moment.

À la deuxième, je suis debouts sur l’un des bancs de messe. Guitare en main, je m’inspire de mouvements impromptu qui se déroulent dans mon champ de vision.

Une pensée me traverse. ‘’Il me semble que je ferais ça de ma vie, ça me rend heureux.’’
C’est tellement le genre de chose que j’adore faire, je ne pourrais faire ça ailleurs qu’ici à Montréal, ville d’artistes.
Eh bien! C’est exactement ça que je fais avec des gens que j’aime.
La vie est bien faite!


Bon endroit, bon moment, bonne équipe.

Le tout dans une chapelle devenue centre où divers organismes sociaux, artistiques et culturels y ont élu domicile.

Il y a de ces richesses qui ne sont pas tangibles.
Ce n’est pas avec de l’art expérimental que je pourrai m’acheter une maison en bord de mer mais cela remplit mon cœur d’une joie qui rend tout le reste obsolète, pour l’instant.

Ah que c’est bon d’être en vie!

L’autre jour, durant une quête littéraire à la bibliothèque nationale, je tombe par hasard sur un stand de ce nom: ‘’Parlez à un vieux pour 25 cents’’

Un vieux bonhomme aux cheveux grisonnants y est assis.
Nos regards se croisent.

‘’C’est quoi ça? que j’demande

‘’Et bien, assieds toi et j’te dirai’’ qu’il me réponds

Il me demande de lui poser n’importe quelle question.

‘’C’est quoi ton nom?’’
‘’Hervey, et toi?’’
‘’Simon’’

On discute de tout et de rien puis je lui demande qui il est, de quoi s’est nourrit son existence, en terme général. Hervey à 77 ans, il a 3 enfants et s’entraîne régulièrement.
Il est marié depuis 48 ans.

48 ans…

Et moi qui n’ai jamais eu une relation intime de plus de 9 mois. Ma curiosité me poussa à lui demander: ‘’Qu’est-ce que ça prends pour garder une relation intime saine pendant 48 ans?’’

‘’Il faut avoir 3 vies. La mienne, la sienne et la nôtre’’

Il m’explique qu’il doit y avoir assez de similitudes et de différences pour que la relation reste pétillante au travers des années.

Lui, adore le sport depuis son jeune âge, elle vient de commencer le gym, à 77 ans.

Lui, aime le social
Elle, préfère les livres.

Les deux sont passionnés de cuisine.
Les deux étaient parents à leur première rencontre.

Il ne faut pas avoir peur d’essayer de se tromper et d’apprendre, qu’il me dit.
Ça garde en forme et bienheureux que d’être en constant apprentissage.

Suite à notre discussion, je mets un dollar dans le pot de 25 cennes et je dit:
‘’Tiens, je paye pour le prochain’’

‘’Ça s’est une des plus belles choses à faire. La vie est faite telle que lorsque l’on rend service, ou que l’on donne sans conditions, il est inévitable que l’on reçoive le balan d’une manière ou d’une autre.
Ça ne vient pas toujours d’ où on pense. J’ai fait ça toute ma vie, payer pour mon prochain et rendre service sans compter et ma vie fût d’une beauté et d’une richesse inestimable.

‘’Merci Hervey, j’avais besoin d’entendre ça aujourd’hui’’

Je me lève de mon siège.
Je lui sers la main et continue mon chemin avec le sourire au cœur.