N.16 Café trou noir

Je l’ai finalement trouvé!
Le breuvage capable de réveiller les morts. Rencontré dans un shop de coin de rue à Padmanabhapuram. Enfin, une concoction digne d’un coup de pied au visage. Je ne connais pas le mélange exact mais il porte le nom de ‘’Ginger tea’’

Assez commun, non?
Oh combien j’étais dans l’erreur. C’est seulement un petit thé au gingembre inoffensif que j’me suis dit. Ça fera un bon digestif d’après souper. Cette nuit-là, je n’ai pu dormir.

J’en ai pris un autre le lendemain. À deux heures de l’après-midi. Ça me laisse amplement de temps pour le digérer et m’endormir paisiblement une fois la nuit tombée.
Dans l’erreur, encore!

Que dieu soit loué, enfin un vrai adversaire!

On m’avait dit, avant de venir en Inde, que le meilleur café au monde s’y trouvait.
Mes attentes étaient hautes. Elles ont toutes péri brutalement, brûlées par la dure réalité. Jusqu’à maintenant, je n’ai que rencontré du café instantané et divers mélanges 50-50 de café et chicoré. Décevant tout ça pour un caféinomane.

En anglais, je peux communiquer avec la majorité des gens et avoir une compréhension mutuelle. Par contre, pour une raison inconnue, lorsque je dis ‘’strong black coffee, no extra water, no milk, no sugar, please’’, cela semble passer comme dans du beurre et je reçois une abomination instantanée remplis de sucre blanc.

J’ai donc cessé de m’essayer.

Tu vois, je ne bois pas réellement du ‘’café’’. Je bois de l’huile à moteur. J’apprécie mon café si fort que les mouches environnantes meurent de crises cardiaques à l’odeur.

À bien y penser, il y a eu un moment où j’ai pu faire l’expérience de la satisfaction extatique du caféinomane. Après avoir visité un temple avec mon ami Javi, nous sommes allés au restaurant du coin. J’ai fais ma routine habituelle de clown québécois: ‘’strong black coffee, no extra water, no sugar, no milk, please’’

Le serveur est revenu en ricanant. Personne ne requiert ce genre de folie à l’habitude, j’en suis certain. Il me regarde avec de grands yeux et dit: ‘’strong black coffee, no extra water, no milk, no sugar’’ en déposant devant moi le fruit de mes désirs: de l’huile à moteur.

Un café si noir, le temps disparaît en sa présence.
Mon dieu, mais quel moment extraordinaire!

C’est les petites choses de la vie, mon ami.
C’est dans les petites choses que le grandiose se cache.

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