N.28 De perplexités, d’ignorance et de bonheur

Ainsi, en tant qu’auteur de ma propre histoire, une page blanche s’offre à moi avec une attitude joueuse.. Une énergie palpable flotte dans l’air. Mes voyages outre-mer sont terminés pour l’instant mais l’appel de l’aventure résonne profondément en moi.

Avec une certaine naïveté, j’avais imaginé le voyage comme étant une expérience grandiose et transformatrice, un feu d’artifice d’émotions et de moments époustouflants.
Pour finalement découvrir que ce genre d’histoires n’était qu’une épice.
Une pincée par-ci par-là, ni plus ni moins.

Ce qui m’a vraiment surpris, c’est la vie quotidienne, ordinaire et sans éclat, qui semblait battre son plein partout où j’allais.

Le quotidien des gens locaux n’était pas si différent de mon voyage de jour en jour.
Étrangement, avant de voyager, j’étais ailleurs à rêver, mais une fois sur place, je me suis retrouvé au seul endroit qu’il y aura toujours: ici et maintenant.

On pourrait dire que c’est venu de l’intérieur ou que ça m’a frappé de plein fouet :

l’indéniabilité de la vérité. Peu importe où je m’égare, je suis ici, maintenant.
On pourrait avancer que mon voyage s’est arrêté là.
Ou qu’il n’a fait que commencer.

Au fond, c’est la même chose.

Je trouve le langage inadéquat lorsqu’il s’agit de partager ce qui constitue l’essence même de la vie. Une analyse intellectuelle est loin d’être suffisante et la sagesse du cœur ne peut s’exprimer que par l’imagerie ou par une simplicité pleine de sens.

Auparavant, j’appréciais beaucoup l’approche zen.
Des histoires simples, un sens profond.

« Le café noir est chaud. La tasse est blanche. »

Ces phrases n’ont aucun sens si l’on essaye de les comprendre.
Elles n’ont aucun sens.
La compréhension intellectuelle est surestimée.

La vie est tellement vaste, interconnectée, synchronisée et riche qu’elle ne peut en aucun cas être enfermée dans une boîte. Pardonnez mon langage, mais au diable les boîtes. Jetez ces vieilles conneries à la poubelle et embrassez l’infini de la vie.

J’ai consacré ma vie à la musique et, si nécessaire, je peux expliquer en détail pourquoi je le fais. Mais cela n’est venu qu’en réponse à l’ennuyeuse et vieille question tenace : « Quel est ton vrai métier ? »

J’ai appris à réagir avec compassion face à une personne déconcertée par le fait que quelqu’un puisse consacrer sa vie à autre chose qu’à l’argent.
L’ignorance doit être traitée avec soin et beaucoup de tact. Nous pouvons soit l’aider à s’épanouir en sagesse, soit la laisser devenir virulente. Là où elle peut nous mordre de manière assez agressive.

L’ignorance est comme un animal blessé, effrayé et stressé qui cherche à survivre.
La compassion l’emporte sur toutes les autres voies.

Tout cela pour dire qu’en vérité, la musique est un tel mystère pour moi que je n’y comprends absolument rien. À ce stade de mon parcours, la musique et la vie ne font qu’un.
Et bon sang que cette rivière est profonde et large !

Bon, je vais arrêter mes divagations pour l’instant.
Je suis sûr que vous avez des endroits où aller.

Bobcat « L’ignorant » drop le mic et quitte le stage.

N.2 Le Roi Félin et le Fier Coq

Pendant que le coq picore des graines sur le sol,
le chat occupe la majorité de la minuscule table sur laquelle j’écris.
Monseigneur le chat était ici avant moi. Qui serais-je pour le détrôner?
Il est l’empereur de ce royaume après tout.

Je n’ose faire une telle calamité.
J’écris donc avec mon cahier à moitié au-dessus du vide.

Je me suis réveillé ce matin aux hurlements lointains des chiens de rues.
Tiré hors d’un rêve se terminant sur des paroles d’une chanson de Neil Young.

‘’Don’t let it bring you down, it’s only castles burning
Find someone who’s turning and you will come around’’

J’ai rêvé à mon père.
Cela ne m’est pas arrivé depuis longtemps
C’est à peine si je pense à lui.

Les rêves peuvent être interprétés de maintes manières.
Leurs significations sont subjectives et fluides.
Néanmoins, comme tant d’autres avant moi, je suis en voyage pour redécouvrir divers aspects de moi-même jusque là en dormance pour ainsi donner naissance à un sentiment nouveau de souveraineté personnelle.

Je procède donc avec curiosité.

En considérant la perspective de ne jamais réellement avoir eu de père, possiblement que l’idée d’un paternel représente la maîtrise enracinée dont je suis en quête. De plus, dans mon rêve, mon père m’a demandé conseil et ma réponse fût ces paroles de Neil Young.

Mon propre père, ou l’idée de la souveraineté incarnée qui me demande conseil me fait réaliser que les réponses sont à l’intérieur de moi et que je suis déjà mon propre maître et guide.

Je n’ai qu’à écouter

Les interprétations de rêves sont fluides et majoritairement pour le plaisir.
Tout de même, je décide de l’accueillir comme un signe de providence qui me pousse tendrement vers une vie d’intuition et de foi.

En parlant de confiance, t’es tu déjà retrouvé à la croisée des chemins entre l’élan d’agir dans l’instant et le réflexe de l’esprit rationnel tentant d’expliquer la pulsion?

Similaire à s’enfarger dans ses propres souliers et tomber face première sur le sol, l’opportunité d’agir s’envole.

Considérant que je viens de la musique et de l’improvisation, je suis particulièrement familier avec ce moment critique.
Ces derniers temps, je cultive flexibilité et finesse pour apporter plus ample capacité responsive là où ça compte.

De la musique à la vie
Du chaos à la musicalité
D’un sérieux sévère au jeu enfantin

Pendant ma session d’écriture, le coq chante fièrement.
Torse haut, fortement enraciné dans le sol.

Aucune hésitation
Aucune arrière pensée
Aucune honte

Il est comme il est
Et ne se cache point

Peut-être qu’il y a une chose ou deux que je pourrais apprendre de ce coq.
Attendez, j’vais aller le soudoyer pour qu’il m’enseigne un truc ou deux.

Je reviens tout de suite!