
Il y’en a, qu’après une longue journée, ils s’en retournent chez eux devant la télé.
Nous, on va dans une chapelle y faire un rituel de danse et musique contemporaine.
À chacun sa vie.
Je complémente les voltiges de bras de Mathie par mon jeu de guitare atonale.
C’est une question de dynamique, de ton et de rythme. Les notes c’est pas si important.
Rafa claque les prie dieu par terre avec ferveur, je traîne une chaise par terre pour son grincement de qualité et Alex balance du noise. Christian crie dans son snare.
Le rythme est optionnel.
Les danseuses s’échangent l’espace et les histoires temporaires exprimées sans mots.
Les chorégraphies scriptées sont non-existantes.
C’est la liberté.

Sans jugements ou d’arrières pensées, l’on s’éclate à s’inspirer les uns des autres.
Pour l’instant de cette soirée, il n’y a aucune limite créative.
C’est une célébration de notre liberté fondamentale.
Le temps disparaît dans un torrentiel sonore et corporel.
À la première édition, j’y suis photographe. L’endroit parfait pour expérimenter et me laisser porter par l’inspiration du moment.

À la deuxième, je suis debouts sur l’un des bancs de messe. Guitare en main, je m’inspire de mouvements impromptu qui se déroulent dans mon champ de vision.
Une pensée me traverse. ‘’Il me semble que je ferais ça de ma vie, ça me rend heureux.’’
C’est tellement le genre de chose que j’adore faire, je ne pourrais faire ça ailleurs qu’ici à Montréal, ville d’artistes.
Eh bien! C’est exactement ça que je fais avec des gens que j’aime.
La vie est bien faite!

Bon endroit, bon moment, bonne équipe.
Le tout dans une chapelle devenue centre où divers organismes sociaux, artistiques et culturels y ont élu domicile.
Il y a de ces richesses qui ne sont pas tangibles.
Ce n’est pas avec de l’art expérimental que je pourrai m’acheter une maison en bord de mer mais cela remplit mon cœur d’une joie qui rend tout le reste obsolète, pour l’instant.
Ah que c’est bon d’être en vie!

L’autre jour, durant une quête littéraire à la bibliothèque nationale, je tombe par hasard sur un stand de ce nom: ‘’Parlez à un vieux pour 25 cents’’
Un vieux bonhomme aux cheveux grisonnants y est assis.
Nos regards se croisent.
‘’C’est quoi ça? que j’demande
‘’Et bien, assieds toi et j’te dirai’’ qu’il me réponds
Il me demande de lui poser n’importe quelle question.
‘’C’est quoi ton nom?’’
‘’Hervey, et toi?’’
‘’Simon’’
On discute de tout et de rien puis je lui demande qui il est, de quoi s’est nourrit son existence, en terme général. Hervey à 77 ans, il a 3 enfants et s’entraîne régulièrement.
Il est marié depuis 48 ans.
48 ans…
Et moi qui n’ai jamais eu une relation intime de plus de 9 mois. Ma curiosité me poussa à lui demander: ‘’Qu’est-ce que ça prends pour garder une relation intime saine pendant 48 ans?’’
‘’Il faut avoir 3 vies. La mienne, la sienne et la nôtre’’
Il m’explique qu’il doit y avoir assez de similitudes et de différences pour que la relation reste pétillante au travers des années.
Lui, adore le sport depuis son jeune âge, elle vient de commencer le gym, à 77 ans.
Lui, aime le social
Elle, préfère les livres.
Les deux sont passionnés de cuisine.
Les deux étaient parents à leur première rencontre.
Il ne faut pas avoir peur d’essayer de se tromper et d’apprendre, qu’il me dit.
Ça garde en forme et bienheureux que d’être en constant apprentissage.
Suite à notre discussion, je mets un dollar dans le pot de 25 cennes et je dit:
‘’Tiens, je paye pour le prochain’’
‘’Ça s’est une des plus belles choses à faire. La vie est faite telle que lorsque l’on rend service, ou que l’on donne sans conditions, il est inévitable que l’on reçoive le balan d’une manière ou d’une autre.
Ça ne vient pas toujours d’ où on pense. J’ai fait ça toute ma vie, payer pour mon prochain et rendre service sans compter et ma vie fût d’une beauté et d’une richesse inestimable.
‘’Merci Hervey, j’avais besoin d’entendre ça aujourd’hui’’
Je me lève de mon siège.
Je lui sers la main et continue mon chemin avec le sourire au cœur.














