n.23 Une nouvelle vie


Je prends une grande inspiration de gratitude en regardant la fin de mon séjour dans le Kerala qui s’approche. Perché sur le toit de ma maison des trois derniers mois, entouré de jungle, habrillié d’un ciel bleu infini et bercé par le son de la mer en bas de la montagne,
me voilà ici, encore et toujours présent.

Qui aurait cru qu’un endroit pourrait autant nous transformer?
Je viens ici chaque matin et soir ces derniers temps. Il y réside un silence qui me nourrit profondément. L’environnement grandiose m’aide à accueillir de nouvelles perspectives.

Jamais je n’aurais pu planifier mon séjour ici. C’est le peintre du destin qui s’en est mêlé.
Quand la vie vient jouer dans nos affaires et nous propose un chemin conçu juste pour soi, c’est peut-être le bon temps de laisser tomber ses petits plans et d’embarquer dans le train qui nous attend, la porte grande ouverte.

Qui sait qui l’on sera en ressortant de l’autre côté?

En ce qui me concerne, mes vieilles histoires sont dorénavant mortes.
Mon vieux moi est mort dans le Kerala.
De mon point de vue, il n’y a pas de confusion; c’est une nouvelle vie qui bourgeonne.

Je trouve difficile de mettre en mot ce qui est si intime et viscéral. Le silence m’ayant redonné naissance, je suis sans mot en face de l’immensité de la vie.

Par ici, J’ai eu le privilège de me faire des ami-es pour la vie.
Je respire plus profondément et ma démarche est dorénavant fière et solide.

J’ai trouvé une dignité sans pareil en compagnie de mon nouveau frère, Abdul.
Simultanément le plus pauvre et le plus riche des hommes que j’ai eu la chance de rencontrer. Un homme surprenant au cœur plus vaste que l’océan indien.

Les manières de faire à l’indienne parfois confusantes me laissent en plus profonde acceptation de ce qui est. Je ne ressens plus le besoin d’étiqueter les choses de manière compulsive.

Tout ça me semble si naïf de tenter de saisir un morceau de la rivière de vie qui bât de son plein en vue de lui donner un nom et se sentir en sécurité en retour.

Sous peu, je serai dans un avion en direction du Sri Lanka. Cela fait depuis mon passage au Mexique cet hiver que je rêve de retourner me baigner dans la mer.

Le temps est venu de satisfaire mon désir.

Je ne sais pas où la prochaine aventure va bien mener mais me voilà, fermement enraciné dans le présent avec un cœur ouvert et un esprit réceptif.

Voyons voir ce qui va bien se dérouler prochainement.
T’es avec moi?

N.22 Onam avec les Locaux


Englouti dans la mer de kéralais, la parade semble être sans fin. Des guerriers kalari dansant, des vieilles dames au visage couvert de peinture, des adolescent musclés, des marionnettes de 12 pieds, plusieurs fanfares, des auto éléctriques portant d’immenses constructions de cartons sur leur dos, des régiments de l’armée et l’occasionnel personnage au regard vide qui semble être présent que pour recevoir son chèque et de retourner chez lui.

À Thiruvananthapuram, du palais kankakounè jusqu’au port de l’est, l’avenue est fermée par les autorités. Il y a plusieurs milliers de personnes de tous les âges sur le bord de la rue. Ils sont ici pour célébrer la cérémonie de clôture du dix jours du festival Onam.

Traditionnellement, Onam est issue de la célébration de la saison des récoltes, là où la nourriture est abondante et la vie est belle.

Historiquement, le festival fût créé il y a longtemps lorsque le roi Mavelli était sur le trône du Kerala. Son règne fût un temps de prospérité et de paix pour ses habitants. En ces temps-là, il n’y avait pas de système de caste et le royaume vivait dans la joie et l’harmonie.

Lorsque le roi est mort, les kéralais on décidé de lui rendre honneur une fois par an en créant le festival Onam. Certains croient que l’âme du roi Mavelli revient au Kerala à chaque année pour vérifier comment se porte son peuple. Ainsi, en hommage à Mavelli, les locaux se rassemblent pour construire des arrangements floraux, s’habillent avec classe et préparent des repas spéciaux à partager avec toute la famille. C’est une célébration grandement attendue pour les habitants du Kerala.

Un local me fait part que même si tu es pauvre, même si tu es misérable, tu te dois de marcher sur cette terre comme un roi au moins une journée par année. C’est l’essence même de Onam.

Pour ma première fois en Inde, j’ai eu le privilège de me lier d’amitié avec des gens locaux. Ce qui devait être un séjour de trois semaines au Kerala en devint trois mois.

J’ai eu la chance de rencontrer Abdul, un homme aux divers talents surprenant, au début de mon voyage. Étant docteur ayurvédique, il m’invita à faire l’expérience du Karkala; un 30 jours de cure à la médecine ayurvédique dans le but d’en ressortir plus fort et emplis de vitalité.

Un fois Onam à nos portes, il m’offre mon propre costume typiquement Onam. Je suis ainsi officiellement un homme authentique du Kerala!

Ayant appris plusieurs mots de Malayalam, je peux dorénavant m’exprimer avec confiance de manière croche dans le langage local. Comme toujours, les ‘’merci’’ et les ‘’comment vas-tu?’’ sont les premiers à être utilisés.

Je fus accueilli comme un frère. je fût inclus parmi la famille comme l’un des leurs. Je suis un homme fortuné sur une terre pleine de gens généreux emplis de bonté. À être ici au Kerala fût une leçon dans l’art de l’accueil. Mes trois derniers mois ici ont élevé le standard sur ce qu’est d’être un hôte de qualité.

Le premier jour du Onam, les arrangements floraux s’entament. Les locaux se mettent en groupe pour y mettre à profit leurs ressources et acheter autant de fleurs que possible pour ensuite construire un altar de fleurs. En marchant au gré des rues, il est possible de les visiter par vous-même.

Au courant de chaque jour, l’altar prend de l’ampleur et devient de plus en plus splendide et ce, jusqu’au dixième jour. Par la suite, prend place un rituel de destruction de l’arrangement floral par un homme possédé par un esprit. Le tout prenant part au pied d’un énorme système de son à pleine puissance.

Pour le festival Onam, le repas spécial se nomme Sadhya, servis traditionnellement sur une feuille de banane, formée d’un amalgame de différents curry servis avec du riz. Plusieurs étapes se dévoilent aux travers de repas vous laissant le ventre plein de nourriture délicieuse et d’un fort désir de faire la sieste.

Comme il semble être coutume lorsque je voyage, je me retrouve au meilleur endroit au bon moment. Je suis ainsi invité au meilleur endroit du village pour y déguster le sadhya: le Oyster Marris Homestay.

Non seulement la nourriture est digne d’un restaurant cinq étoiles mais les hôtes vous enseignent sur l’histoire et la culture typique du Kerala. L’endroit est un must pour ceux et celles de passage par la région de Thiruvananthapuram.

En allant prendre une marche suite au repas digne d’un roi obèse, je ne cesse de m’enfarger en mon dhoti, le tissus traditionnel porté au tour de la taille par les gens d’ici. Bien que le style soit sans pareil, en tant qu’étranger d’outre-mer, je suis plus apte à porter le pantalon.

Et bien voilà que mon temps du Kerala tire à sa fin. Je remercie les cadeaux venus à moi, tous les ami-es que j’ai rencontrés et toutes les aventures que j’ai vécues.

Cette année fût mon premier Onam avec les locaux et si j’ai mon mot à dire dans le dossier, ce ne sera pas mon dernier.